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La «diversité» est-elle une menace à l'identité nationale?

Dernière mise à jour : 27 juin 2023

L'été est une saison remplie de fêtes nationales (Québec, Canada, États-Unis, France, Acadie...), ce qui est un bon moment pour s'interroger sur la relation qui existe entre la «diversité» et l'identité nationale. Beaucoup de gens se demandent si la «diversité» ne menace pas l'unité dont la nation québécoise a besoin pour survivre. Cette crainte s'exprime ainsi: la «diversité» pousse les gens à se replier dans de petites identités plutôt qu'à accepter l'identité commune. Et on est moins forts quand on est divisés que quand on est unis.


J'ai mis «diversité» entre guillemets car c'est la façon courante de désigner l'EDI, un acronyme qui comprend en fait trois valeurs: la diversité (D), l'équité (E) et l'inclusion (I). À partir d'ici, je vais utiliser EDI plutôt que «diversité» car c'est un terme plus complet.


Je reviens à l'identité nationale. De quoi s'agit-il au juste ? Je propose de la définir comme un système de valeurs fondamentales qui sont partagées par l'ensemble des citoyens. Voyons voir maintenant si les valeurs de l'EDI pourraient contredire les valeurs fondamentales de l'identité québécoise.

Commençons par la valeur de la diversité. Elle consiste à reconnaître les multiples identités individuelles et collectives qui coexistent au sein d'un groupe. Ces identités peuvent être des affinités géographiques, linguistiques, ethnoculturelles, religieuses, etc. On dit qu'une organisation ou une nation est diversifiée si elle reconnaît ces différences et qu'elle les valorise. Les valoriser, c'est en être fiers et les mettre en avant.


Qu'en est-il de la nation québécoise? Disons que sa diversité est imparfaite. Le Québec est une société tolérante mais certaines identités y sont moins bien acceptées que d'autres. Je pense en particulier aux identités linguistiques et religieuses, qui sont souvent vues comme des menaces à l'identité commune.


On a encore de la difficulté à prendre nos distances avec notre passé de catholicisme forcé et de langue bafouée.


On s'est pourtant éloignés de cet héritage dans nos lois. On a par exemple une charte des droits, vieille de presque un demi-siècle, qui garantit l'expression d'une grande gamme d'identités, incluant la langue et la religion. Mais on vit encore dans la crainte de voir le retour de l'anglais dominant et de la religion obligatoire. Cette crainte n'est pas près de s'estomper mais j'aimerais qu'on la contienne pour permettre à toutes les affinités de prendre leur place sous la grande bannière de notre identité nationale.


Est-ce que nous sommes plus à l'aise avec l'équité, le premier terme de l'acronyme EDI ? C'est la valeur qui nous dit que la loi ne suffit pas pour garantir l'égalité de tous les citoyens et qu'il faut parfois des mesures intermédiaires pour parvenir à l'égalité. De façon imagée, on peut se figurer l'équité comme un escalier qui permet à des gens désavantagés - à cause de leur origine, de la couleur de leur peau, de leurs faibles revenus etc. - de monter à l'étage de l'égalité. Cet escalier est une construction temporaire: l'objectif est qu'à un moment donné, tout le monde soit rendu à l'étage supérieur et y reste. L'équité veut corriger le défaut de beaucoup de systèmes (des lois, des organisations, etc.) qui sont bâtis sur le principe «One size fits all». Ça peut sembler une valeur révolutionnaire mais ça ne l'est pas. Nous avons par exemple la loi québécoise sur l'équité salariale, qui existe depuis plus de vingt-cinq ans, dont la première ligne dit qu'elle existe pour corriger les »écarts salariaux dus à la discrimination systémique» envers les femmes. Oui, le Québec a raison de se vanter d'avoir l'égalité hommes-femmes parmi ses valeurs fondamentales, mais on a encore du chemin à faire pour combattre la discrimination systémique dont plusieurs groupes minoritaires font les frais.


Et que penser du dernier élément de l'acronyme EDI, l'inclusion ? L'inclusion, c'est la valeur qui vise à ce que tout le monde se sente à sa place dans un groupe. L'inclusion n'est pas à sens unique.


Un groupe inclusif ne nous permet pas seulement d'entrer; il est aussi prêt à s'ajuster pour qu'on s'y sente à l'aise.


Quand on se trouve dans un groupe de ce genre, on y gagne personnellement mais tous les autres membres y gagnent aussi car la cohésion du groupe est meilleure. C'est une chaîne dont tous les maillons ont la même force.


Qu'est que ça veut dire à l'échelle de la nation ? En ce moment, l'identité nationale apparaît comme un système fermé: on peut y entrer mais on n'a pas le droit de demander quoi que ce soit en retour. C'est presque une profession de foi. Ce message est répété par beaucoup de voix fortes, dans les médias et dans les milieux politiques, qui présentent l'identité nationale comme un rempart contre les menaces extérieures. Et la principale menace, selon ces voix, serait le multiculturalisme canadien parce qu'il valorise les identités particulières. À terme, le multiculturalisme aurait comme conséquence de reléguer l'identité québécoise au rang des autres identités minoritaires au Canada.


Je crois qu'il faut s'extirper de ce débat politique si on veut faire évoluer l'identité québécoise. Passons moins de temps à nous préoccuper des supposées menaces externes et observons comment la nation québécoise est en train de se transformer. Nous vivons une mutation, à cause de l'immigration bien sûr, mais aussi à cause de l'émergence de nombreuses identités qui étaient autrefois cachées. Reconnaissons ces identités multiples qui coexistent entre compatriotes mais aussi en nous-mêmes. Et ouvrons notre identité nationale pour inclure véritablement tout le monde. Loin d'être un obstacle, l'EDI est le meilleur véhicule pour nous mener à destination.













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