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Comment le recul de la diversité aux États-Unis va-t-il nous affecter ?

À la fin de juin, la cour suprême des États-Unis a tranché: les mesures d'«action positive» (Affirmation Action) utilisées par certaines universités pour sélectionner leurs étudiants sont illégales. La cour est d'avis que ces mesures, qui visent à rendre l'effectif étudiant plus représentatif de la diversité raciale, violent le principe de l'égalité des droits garanti par la constitution américaine. Aux États-Unis, ce jugement est vu comme un recul important pour les programmes d'EDI (équité, diversité et inclusion), pas seulement dans les universités mais bien dans l'ensemble des organisations publiques et privées.


Comment cela va-t-il se répercuter chez nous ?


Commençons d'abord par admettre qu'en matière de diversité, comme pour beaucoup d'autres mouvements sociaux ou culturels, les États-Unis exercent une grande influence sur nous. C'est normal, comme voisins, nous sommes les premiers à sentir l'onde de choc des nouveautés qui naissent au sud. L'EDI ne fait exception car elle a d'abord été théorisée dans les universités américaines, pour traverser ensuite au Canada puis se répandre ailleurs dans le monde.


Est-ce que ça veut dire que nous aussi, on va voir l'EDI reculer dans nos universités?


C'est peu probable car notre système universitaire est très différent. Les universités américaines les plus prestigieuses sont privées alors que les nôtres sont publiques. Et même si elles jouissent d'une grande autonomie, le financement public incite nos établissements à atteindre un effectif étudiant équilibré. Dans certaines facultés, par exemple, des places sont réservées pour les étudiants autochtones. Par ailleurs, les gouvernements favorisent le financement des équipes de recherche universitaires qui sont le plus représentatives de la diversité sociale. Ça provoque des remous et le résultat est loin d'être parfait mais l'intention demeure claire.


Puisque c'est la cour suprême des États-Unis qui met les freins à une importante mesure d'EDI, notre propre cour suprême pourrait-elle l'imiter ?


Le risque me semble faible car si nos systèmes juridiques sont semblables, ils ne sont pas identiques. Une grosse différence est que nous avons des chartes de droits, une au Québec, l'autre au fédéral, qui sont plus complètes que ce qu'on trouve dans la constitution américaine (le «Bill of Rights»). Nos chartes ont donné naissance à une imposante législation, comme les lois sur l'équité salariale, sur les droits de la personne, ou sur l'équité en matière d'emploi. Ces lois protègent les droits et combattent les injustices vécues par divers groupes, par exemple sur le plan salarial. Prise dans son ensemble, la législation vise l'équité et on peut observer que, sur cette question, notre société est moins divisée que la société américaine. Contrairement à ce qui passe aux États-Unis, nos lois et nos mesures d'équité ne sont bas combattues en cour par une opposition puissante et bien organisée.


Il pourrait y avoir un effet positif, chez nous, de ce qui survient aux États-Unis: on a la chance de manifester notre distinction en matière d'EDI. Oui, cette dernière a été conceptualisée au sud de la frontière mais il nous appartient plus que jamais de la mouler à notre propre réalité. Ce n'est rien d'inatteignable car nous avons une longue histoire d'adapter, dans nos entreprises, des concepts qui sont également d'origine américaine. Pensons à la gestion des ressources humaines ou à la psychologie industrielle.


Voilà donc ce que je propose: souhaitons bonne chance à nos amis américains mais laissons-les à leurs propres débats juridiques. Organisons-nous plutôt, de notre côté, pour améliorer la représentativité de nos organisations en nous appuyant sur nos lois et sur nos mesures.








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